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L’objectif de ce site est de « tenter » de suivre le procès du Gang des Barbares au jour le jour.ilan halimi En effet, suite à la décision du huis-clos nous avons pensé qu’il était utile de mettre à disposition de tous un site qui permettrait de savoir ce qui se passe lors de ce procès pas comme les autres…

Le site rassemble les articles que nous avons selectionnés afin de vous donner une vision précise de l’évolution du procès. Le but n’est pas de mettre tous les articles parus dans la presse mais uniquement les plus pertinents afin d’éviter une redondance d’information.

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Procès Fofana: MAM veut faire appel

La ministre de la Justice Michèle Alliot-Marie a demandé aujourd’hui au parquet de « faire appel des condamnations inférieures aux réquisitions de l’avovat général » dans le procès du « gang des barbares », a-t-elle annoncé devant la presse à la sortie du conseil des ministres. « Ce matin, j’ai demandé au procureur général près la Cour d’appel de Paris de faire appel des condamnations inférieures aux réquisitions de l’avovat général », a-t-elle dit.

Les parties civiles ainsi que plusieurs organisations juives avaient dénoncé dimanche un verdict « indulgent » à l’égard des complices de Youssouf Fofana, dans l’affaire du meurtre aggravé du jeune juif Ilan Halimi en 2006 près de Paris, réclamant un nouveau procès.

«Goodbye Fofana»?

Source : Slate.fr

Son habituel petit sourire goguenard aux lèvres, Youssouf Fofana fait son entrée dans le box des accusés. Ce 10 juillet, le soir du verdict, il a choisi dans sa garde-robe une chemise africaine traditionnelle qui tranche par ses motifs bariolés avec le décor austère de la cour d’assises. Il s’assoit dans son coin, à une distance raisonnable des autres prévenus dans le box, sous l’oeil tendu des gendarmes qui le surveillent. Il semble pourtant détendu, d’excellente humeur. Et il entame immédiatement une conversation animée avec ses deux avocats commis d’office. Ce n’est que lorsqu’il entendra son nom, suivi de la peine prononcée par les jurés – perpétuité avec 22 ans de sûreté – qu’il lèvera la tête, agacé, en imitant des applaudissements. Avant de reprendre le fil de sa discussion. Ce soir, on dirait que le «Fofana show» fait relâche – ou qu’il a changé de style.

Tension dramatique

Cela fait plusieurs heures que le public patiente devant la salle du Palais de justice où va se dérouler le dernier épisode du procès dit du « gang des barbares ». Réunis dans un lieu tenu secret de la capitale, les jurés débattent depuis plus de deux jours sur les peines à infliger à l’encontre des membres de cette bande de jeunes qui avait séquestré Ilan Halimi en 2006. Après dix semaines de débats à huis clos, la presse, les proches et les curieux vont enfin pouvoir pénétrer dans la «salle interdite» pour entendre le verdict des jurés. Ils sont venus en nombre.

Un impressionnant dispositif de sécurité est mis en place pour éviter les débordements. Quelques groupes de jeunes, «blacks» à capuches d’un côté, jeunes militants juifs de l’autre, sont effectivement de la partie; on dit que la Ligue de défense juive et la Tribu K ont lancé des appels à la mobilisation. Tenteront-ils d’en découdre après l’annonce du verdict? Parmi ceux qui font la queue pour rentrer dans la salle, on reconnaît également le président du CRIF, étroitement gardé par trois armoires à glace du SPHP, le service d’élite de la police nationale. Les policiers sont nerveux, signe que la tension est là, palpable.

A l’intérieur de la salle d’audience, un curieux mélange de proches de la victime et des accusés côtoient les représentants de la presse. On reconnaît les parents discrets d’Audrey, la jeune femme «appât» qui n’est pas allée jusqu’au bout de sa mission. Plus loin, deux femmes élégantes aux traits fins fixent le box des accusés: la mère et la tante de Yalda, la jeune femme qui avait séduit Ilan, qualifiée «d’ange de la mort» par l’avocat de la famille Halimi. Sur un autre banc, encadrée par des éducatrices, on reconnaît sa jeune sœur (elle est handicapée mentale), les yeux rougis par les larmes.

Le box s’amuse

C’est dans le box des accusés que l’ambiance est nettement plus détendue. Qu’est-ce que certains on rigolé et chahuté ce soir-là ! Là aussi, bonne humeur et décontraction sont de rigueur, et elles semblent avoir même gagné le gardien Gilles Serrurier qui, abruti par les calmants, apparaissait totalement éteint le premier jour du procès. Jérôme Ribeiro, envoie des bisous aériens à ses proches, «Moko», à moitié sorti de l’ouverture du box scrute l’assistance, Tifenn la Bretonne et Alexandra la Marseillaise agitent leurs tignasses blondes. Ça bavarde, ça s’agite. On se lève, on se rassoit. On rajuste son jean taille basse et son T-shirt moulant, on déploie son jeune corps sculpté. Une façon peut-être d’évacuer la tension de ces dix semaines de débats, l’expression d’un soulagement aussi de ne plus avoir en face de soi la mère et les sœurs d’Ilan Halimi, qui ce soir sont restées à la maison pour cause de shabat. Dans l’endroit réservé aux parties civiles, on ne reconnaît que les précédentes cibles du gang qui, eux, ont beaucoup plus de mal à cacher leur nervosité et évitent les regards de l’assistance.

Des peines clémentes

C’est dans l’absence de la famille d’Ilan Halimi et dans cette ambiance quelque peu surréaliste que la présidente du tribunal, Nadia Ajjan, entame la lecture du verdict. Elle a envie d’aller vite, tellement vite que le public a du mal suivre lorsqu’elle égrène d’une voix mécanique les réponses des jurés aux questions, puis les peines prononcées. On retient la perpétuité pour Fofana, les quinze ans pour «Zigo», le mineur accusé d’avoir le plus malmené l’otage. Pour les autres, toutes les peines réclamées par le ministère public sont revues à la baisse par les jurés: 18 ans et non 20 pour «Craps» et «Smiler», deux personnes considérés comme des adjoints de Fofana et, surtout, 9 pour Yalda plutôt que les 10-12 suggérés par l’avocat général.

Dans la salle, certains haussent les sourcils, d’autres se félicitent. Et c’est déjà fini, on nous demande d’évacuer. Les proches des accusés se précipitent vers le box; Me Szpiner a déjà entraîné les journalistes dans une farandole folle en dehors de la salle. Des proches des parties civiles quittent la salle en râlant; l’un d’eux mime le « sourire berbère » (l’égorgement) à l’adresse des accusés. «Peines minables, ridicules, dit un autre. Aux Etats-Unis on condamne quelqu’un à 150 ans de prison parce qu’il a volé de l’argent! Alors qu’en France…».

Devant le box, c’est l’heure des adieux: la sœur de Yalda fond en pleurs avant de s’enfuir. Les proches de Jérôme, eux, s’attardent, tentent de communiquer avec le détenu. Un petit groupe se forme des deux côtés de la vitre, Alexandra et Tifenn sont là, également: «Tenez bon les filles, on s’écrit!». Avec les doigts de ses deux mains, Jérôme tente de rassurer ses amies: «J’ai pris dix ans. Dans deux, je me casse». Les gendarmes se font plus pressants : «Il faut évacuer maintenant, Monsieur!».

Epilogue ou premier round ?

La suite du procès se joue de nouveau en dehors de la salle, dans la confusion des micros et des caméras de télévision. Prévoyants, certains ont même apporté des escabeaux pour pouvoir prendre de la hauteur. Logiquement, Me Szpiner est le plus attendu. Il bouillonne, mais il pose sa voix de stentor, dit «respecter la volonté des jurés». Il se félicite que l’antisémitisme soit retenu comme circonstance aggravante dans les peines infligés à Fofana et «Zigo». Mais il ne peut pas accepter les peines à l’encontre des autres membres du gang, trop faibles, notamment celle de Yalda. «Dans quelques années, Mme Halimi pourra croiser dans la rue celle qui a envoyé son fils à la mort», dit-il. Les parties civiles ne pouvant pas faire appel, il invite le ministère public et, personnellement la garde des Sceaux, à faire appel de ces condamnations.

Du côté des avocats de la défense, le son de cloche est sensiblement différent. Ils se félicitent du «juste équilibre» des peines, flattent le tribunal et les jurés qui ont su éviter l’écueil d’une «justice pour l’exemple». Françoise Cotta, conseil de Gilles Serrurier, Didier Seban, conseil de Nabil Moustapha, se livrent à un véritable cours de droit pénal face aux journalistes. Il y est question, une fois de plus, de responsabilité individuelle et collective, de crime raciste et de motifs crapuleux. En les écoutant, on réalise que ce sont eux qui ont «gagné» ce procès et, au passage, une belle exposition médiatique.

Me Szpiner est déjà parti annoncer le verdict à la mère d’Ilan, Ruth Halimi qui, tout comme son père, a été absente ce soir-là. Dans son esprit, ce n’est que partie remise: si son appel est entendu et le parquet interjette la décision des jurés, un nouveau procès aura lieu et sans huis clos cette fois-ci. Fofana peut, lui aussi, faire appel dans un délai de dix jours de sa condamnation. Dehors, l’agitation de la capitale absorbe rapidement la petite foule qui sort en ordre dispersé du Palais du justice.

Alexandre Lévy

Le verdict

Source : nouvelobs.com

Aux alentours de 22 heures, hier soir, alors que régnait dans le box une grande angoisse, la cour d’assises des mineurs a rendu sa décision. Les peines sont les suivantes :

–    Youssouf Fofana : Perpétuité avec une peine de sûreté de 22 ans.
–    Jean-Christophe S. : 18 ans de prison.
–    Samir A.A : 15 ans de prison.
–    Jean-Christophe G., mineur au moment des faits : 15 ans de prison.
–    Nabil M. : 13 ans de prison.
–    Cédric BSY. : 11 ans de prison.
–    Yahia K. : 11 ans de prison.
–    Fabrice P. : 11 ans de prison.
–    Christophe M. : 10 ans de prison.
–    Jérôme R. : 10 ans de prison.
–    Yalda, mineure au moment des faits : 9 ans de prison.
–    Tifenn : 9 ans de prison.
–    Gilles Serrurier : 9 ans de prison.
–    Alexandra S. : 8 ans de prison.
–    Francis N’G. : 7 ans de prison.
–    Guiri N’G : 6 ans de prison.
–    Franco L. : 5 ans de prison.
–    Sabrina F. : 3 ans de prison.
–    Jérémy P. : 3 ans de prison.
–    Alcino R. : 8 mois de prison.
–    Christine G. : 6 mois de prison avec sursis.
–    Audrey L. : 2 ans de prison, dont 16 mois avec sursis.
–    Leïla A. : 6 mois de prison avec sursis, avec effacement du casier judiciaire.
–    Isabelle M. : 6 mois de prison avec sursis.
–    Muriel I. : Acquittée.
–    Alassane D. : Acquitté.

Un ensemble de peines qui se situent globalement légèrement en dessous de celles requises par l’avocat général, Philippe Bilger, mais qui en respectent l’esprit, c’est-à-dire la hiérarchie. Avec deux écarts un peu plus importants : Franco L., défendu par Maître Yassine Bouzrou, écope d’une peine deux fois moins élevée que celle suggérée par l’avocat général (5 ans). Samir A.A, représenté par maître Arnaud Miel, est condamné à 15 années de détention alors que l’avocat général en avait requis 20.

Aucun des accusés n’a pour l’instant envisagé de faire appel de ce verdict. Youssouf Fofana, qui ces derniers jours y songeait, semblait revenir hier soir sur cette idée, considérant qu’une telle décision exposerait ses co-accusés au risque d’écoper de peines plus lourdes encore. Ce qu’il ne souhaite pas.

Après l’énoncé du verdict, les réactions des avocats des parties civiles ont été immédiates. Au pied des escaliers de la cour d’Assises, le conseil de la famille Halimi, maître Francis Szpiner, a déclaré :

« La peine de prison à perpétuité assortie de 22 années de sûreté pour Youssouf Fofana est juste. La cour a cependant été particulièrement indulgente avec les autres accusés. Ce crime est un défi pour la République et la société française. La répression aurait en conséquence dû être exemplaire. Vous le savez, les parties civiles ne peuvent pas faire appel. J’invite donc le Garde des Sceaux, Michèle Alliot-Marie, à demander au parquet général de faire appel de cette décision s’agissant de ceux qui ont participé à l’enlèvement d’Ilan Halimi. Le ministre doit agir en conséquence. Les peines sont inférieures aux réquisitions de l’avocat général qui n’étaient déjà pas d’une énergie extrême. L’intérêt des deux mineurs l’a emporté sur l’intérêt général. »

Maître Muriel Ouknine-Melki, avocate de Jimmy et Mickaël D., a pour sa part exprimé sa déception :

« Je me sens complètement solidaire des déclarations de maître Szpiner. On attendait des peines plus fermes et sans équivoque pour certains, nous ne les avons pas eues. Nous restons toujours dans l’attente d’une réponse que nous n’avons pas reçue. La décision ce soir ressemble fort à un point d’interrogation. Pour moi, la circonstance aggravante pour antisémitisme à l’égard du mineur à l’époque des faits, Jean-Christophe G., n’a pas joué son rôle en terme de quantum de peine. Elle n’a pas été prise en considération à son juste niveau, alors qu’elle était pour nous un enjeu majeur. Il ne s’agissait pas d’instrumentaliser un procès, mais bien de répondre à la question de l’antisémitisme des banlieues qui a permis d’arriver à ce crime. Mais en ce qui me concerne, cette affaire s’arrête là. »

 

 

Maître Xavier Filet, avocat de la petite amie d’Ilan Halimi:

 

 

« Ma cliente est déçue par le verdict. Je fais miennes les déclarations de maîtres Francis Szpiner et Muriel Ouaknine-Melki, et je tiens à dire que notre position est unanime du côté des parties civiles. Je considère que cette décision est un jugement en trompe-l’oeil. Youssouf Fofana a pris le maximum et c’est bien normal. Mais pour les autres, les petites mains, j’estime que c’est peu cher payé. Avec le jeu des remises de peines, certains accusés auront passé plus de temps en prison avant le procès qu’après… »

Du côté de la défense, l’avocate de Jean-Christophe G., maître Martine Scemmama, a indiqué :

« Ce verdict est une vraie leçon de lucidité et de responsabilité adressée à tous les accusés. J’ai le sentiment que l’humanité d’Ilan Halimi, bien au-delà de son statut de victime, a été reconnu à l’audience. Parmi les accusés, les uns et les autres l’ont dit : « on a vieilli, on a aussi grandi ». Pour ce qui concerne mon client, Jean-Christophe G., mineur à l’époque des faits, et contre lequel la circonstance aggravante d’antisémitisme a été retenue, j’aurais apprécié qu’on reconnaisse que ce jeune a été emporté par la violence de Youssouf Fofana. »

Maîtres Didier Seban, et Karine de Carvalho, avocats de Nabil M. :

« Un équilibre a été recherché dans les peines. C’est une décision de justice respectable, avec des condamnations proportionnelles aux responsabilités de chacun ».

Maître Françoise Cotta :

« L’hypothèse d’un appel de cette décision ordonnée par la Garde des Sceaux ne tient pas debout. Rien ne le justifierait si ce n’est un motif idéologique, dans la mesure où la cour a suivi les réquisitions de l’avocat général. »

Maître Yassine Bouzrou, avocat de Franco L. :

« Dans l’ensemble, les réquisitions de l’avocat général ont été suivies. Sauf dans certains cas, où la Cour d’Assises n’a pas du tout soutenu les thèses de l’accusation. Notamment en ce qui concerne mon client, Franco L. Celui-ci a été acquitté pour cinq des six infractions qui lui étaient reprochées. Rappelons aussi qu’il fait partie de ceux qui, parmi les 27 accusés dans le box, n’ont rien à voir avec l’affaire Ilan Halimi. La reconnaissance de son innocence pour les tentatives d’enlèvements sur Zouhair W., Jacob G., et Mickaël D., est logique. En matière pénale, le doute doit en effet profiter à l’accusé. »

 Elsa Vigoureux

Verdict : La peine maximale pour Fofana

Source : lci.fr

Ils ont délibéré durant plus de deux jours (lire notre article : dans les coulisses d’un délibéré). Le verdict est finalement tombé vendredi soir tard, après deux mois et demi de procès. Sourire en coin, Youssouf Fofana l’a accueilli en mimant des applaudissements. Le chef du « gang des barbares » de Bagneux a été condamné vendredi à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d’une peine de sûreté incompressible de 22 ans pour l’enlèvement, la séquestration et l’assassinat du jeune juif Ilan Halimi en 2006, par la cour d’assises de Paris qui reconnaît le caractère antisémite du crime. C’est la peine maximale prévue par la loi.

Ce Français d’origine ivoirienne de 28 ans, a reconnu le 28 mai dernier au procès à huis clos (car deux des 26 accusés étaient mineurs au moment des faits) avoir porté seul les coups fatals au jeune juif de 23 ans, enlevé le 20 janvier 2006 dans le but d’obtenir une rançon après avoir été séduit par une jeune fille ayant servi d’appât.

9 ans pour la jeune fille qui a servi d’appât
 
24 des 26 autres accusés ont été condamnés à des peines allant de 18 ans de réclusion à six mois de prison avec sursis. Entre autres : les deux complices jugés les plus actifs, Samir Aït Abdelmalek, 30 ans, et Jean-Christophe Soumbou, 23 ans, ont écopé respectivement de 15 et 18 ans de réclusion, et la jeune fille qui avait servi d’appât, mineure au moment des faits et aujourd’hui âgée de 21 ans, a été condamnée à neuf ans de prison.

Les condamnés sont reconnus coupables d’avoir participé à l’enlèvement, la séquestration, ou à des délits en lien avec ces crimes, notamment le fait de n’avoir pas alerté la police alors qu’ils savaient qui détenait le jeune homme et où. Les deux derniers accusés ont été acquittés.

Verdict contesté

D’une manière générale, les peines sont un peu inférieures aux réquisitions. Se « réjouissant » que Youssouf Fofana ait écopé de la peine maximale prévue par le droit français, l’avocat de la famille d’Ilan Halimi a en revanche aussitôt demandé à la ministre de la Justice, Michèle Alliot-Marie, de susciter un appel du parquet général concernant les sanctions prononcées contre les 26 coaccusés de Youssouf Fofana, qu’il juge trop faibles. « Je regrette que la cour ait fait preuve d’une particulière bienveillance pour ceux qui ont aidé ou assisté Youssouf Fofana », a déclaré Me Szpiner. « Je ne peux qu’inviter madame le garde des Sceaux, qui est en charge de l’ordre public, à inviter le procureur général à interjeter appel de la décision qui vient d’être rendue », a-t-il dit. « Les peines qui concernent les geôliers et l’appât sont pour la famille Halimi des peines qu’elle a du mal à comprendre et à accepter (…) Il appartient maintenant à la ministre de la Justice d’agir en conséquence », a-t-il ajouté.

La défense juge au contraire le verdict adapté au dossier, aucun accusé ne se voyant reprocher l’assassinat à part Fofana. « C’est un verdict conforme à ce qui fut la responsabilité de chacun », a dit l’avocat d’un complice de Fofana.
 
Cette affaire est devenue emblématique de l’antisémitisme en France. Séquestré nu, entravé et torturé pendant 24 jours dans une cité HLM de Bagneux, dans les Hauts-de-Seine, , avant d’être brûlé vif et poignardén, Ilan Halimi avait été retrouvé agonisant au bord d’une voie ferrée de l’Essonne le 13 février 2006. Il était mort lors de son transfert à l’hôpital. Exhumé et enterré à Jérusalem en février 2007, il est devenu un martyr de la communauté juive.

Juste avant le verdict…

Source : nouvelobs.com

C’est aujourd’hui que la cour rendra son verdict en audience publique. Pas avant 17h30 pour des raisons de sécurité, ou en début de soirée, et peut-être bien avant 20h15, heure de début de Shabbat. Ce qui permettrait à la famille d’Ilan Halimi de venir, si elle le souhaite. Les débats concernant les intérêts civils pourraient avoir lieu dans la foulée, ou le lendemain.

Dans l’attente du verdict, de nombreux messages appelant à la mobilisation dans la communauté juive circulent déjà sur le net. Une manifestation est même programmée lundi place Vendôme. Devant cette ébullition à l’approche de la décision de la Cour d’Assises, le CRIF a tenu  à rappeller officiellement « son attachement et sa confiance dans le fonctionnement régulier de la Justice. Il n’entend faire aucun commentaire jusqu’au prononcé du verdict et réprouve toute démarche qui pourrait dans cet intervalle attenter à la sérénité des débats ». Le président du CRIF, Richard Pasquier, sera présent cet après-midi au palais de justice. Pour lui, « l’émotion autour de ce procès est très grande. Le souffle été retenu pendant des semaines, maintenant le problème du shabbat est vécu comme un obstacle supplémentaire. Ce serait vraiment bien venu que la décision de la cour tombe avant 20h15 ».

 

Dans la salle d’audience, plusieurs rumeurs ont couru ces derniers jours. Youssouf Fofana pourrait bien  faire appel de sa condamnation. Et l’avocat de la famille Halimi a prévenu de son côté depuis longtemps qu’il mettrait tout en œuvre pour « déclencher » un appel, et réviser la loi concernant le huis-clos réservé aux mineurs, espérant ainsi qu’un nouveau procès ait lieu. Ce qui avait gêné de nombreux avocats, alors que les débats étaient toujours en cours. L’avocat de la famille Halimi aurait ainsi d’emblée remis en cause un verdict toujours inconnu aujourd’hui, et qui sera rendu dans quelques heures au nom du peuple français.

La loi prévoit désormais la possibilité de faire appel d’une telle décision en matière pénale. Ce droit cependant strictement réservé à la défense et à l’accusation, représentée par le parquet général. Aucun recours n’est prévu pour les parties civiles, une fois le verdict rendu. L’esprit de la loi considère en effet que c’est à la société et pas aux victimes, par la voix de l’accusation, de demander à nouveau justice si elle s’estime lésée. Seul un appel sur les intérêts civils, c’est-à-dire les dommages et intérêts liés à la réparation du préjudice subi, reste envisageable, si les parties civiles ne sont pas satisfaites.

Un procès pour rien?

Source : slate.fr

Après les réquisitions de l’avocat général et les plaidoiries de la défense, les jurés se sont retirés, mercredi 8 juillet, pour délibérer. Ils devront prononcer les peines les «plus justes» à l’encontre des 27 accusés du rapt et de l’assassinat d’Ilan Halimi, ce jeune vendeur juif de téléphones portables à Paris. Le verdict est attendu vendredi dans la soirée ou samedi matin.

A l’encontre du principal accusé, Youssouf Fofana, l’avocat général a requis la peine maximale: l’emprisonnement à perpétuité avec 22 ans de sûreté. Pour les autres, les sanctions réclamées s’échelonnent entre 20 ans de prison pour les principaux lieutenants, une dizaine d’années pour les geôliers, et des peines plus légères pour les autres.

Pendant ces dix semaines de débats, nous nous sommes contentés de ramasser les miettes des débats qui se sont tenus à l’écart des regards extérieurs à cause des deux mineurs (au moment des faits) parmi les accusés.

C’est pour cela qu’il est d’autant plus difficile de tirer, à la veille du verdict, un premier bilan d’un procès pas comme les autres, un procès sur une affaire à la fois terriblement banale et exceptionnelle par sa fin tragique. Constatons seulement que :

1) En dix semaines d’audience, le débat à fonction «pédagogique» tant espéré par la famille d’Ilan Halimi sur cet nouvel antisémitisme des banlieues n’a pas eu lieu. Tant à cause du huis-clos que de la volonté de la plupart des avocats de la défense de réduire cette affaire aux agissements d’une bande de «petits voyous» qui se sont embarqués dans cette entreprise criminelle pour des motifs uniquement crapuleux.

A cela se sont ajoutées des manœuvres de diversion, visant notamment le travail de la police et celui de la presse, accusées tour à tour d’avoir fabriqué «l’affaire Ilan Halimi». Fidèle à sa réputation, l’avocat des parties civiles Me Francis Szpiner a bien tenté de porter le débat sur l’antisémitisme et l’omerta des banlieues à l’extérieur de la salle d’audience et il a été, parfois avec raison, vertement critiqué par ses pairs.

2) Le silence des banlieues, justement. Ce procès était aussi très attendu pour mettre un nom et une adresse aux deux complices de Jean-Christophe Soumbou, alias «Craps», qui l’auraient assisté dans les entreprises d’enlèvement commandités par Youssouf Fofana. Ces derniers n’ont jamais pu être identifiés par la police, et «Craps» qui s’est rendu de lui-même aux forces de l’ordre quelques semaines après la mort d’Ilan Halimi, s’est toujours refusé à les nommer. Trop dangereux, à la fois pour lui que pour sa famille, a-t-il expliqué.

Pendant le procès, il n’a pas bougé d’un iota, prenant le risqué d’être condamné à l’une des peines les plus lourdes (20 ans), plutôt que de livrer les noms de ces deux individus qui courent toujours. Or, selon certaines versions, leur rôle ne s’est peut-être pas limité à kidnapper Ilan Halimi…

Afin d’expliquer ce silence, ainsi que celui qui a accompagné les 24 jours de calvaire d’Ilan Halimi, certains avocats de la défense ont justement rappelé dans leur plaidoirie «la loi des cités selon laquelle on ne dénonce pas». Une loi contre laquelle la justice est restée impuissante.

3) Un procès d’assises, c’est aussi l’occasion pour les proches de la victime de se confronter aux accusés, de se replonger dans l’horreur des faits afin de comprendre ce qui s’est vraiment passé, dans les moindres détails fussent-ils les plus sordides. Un processus pénible et douloureux mais nécessaire pour commencer le travail de deuil et espérer trouver, un jour, la paix. Un procès d’assises, c’est aussi l’occasion d’entendre éventuellement des regrets et des excuses.

De ce point de vue-là, la famille d’Ilan Halimi ne peut être que terriblement déçue. Le principal accusé, fidèle à sa réputation, a multiplié les provocations et gagné le monopole de l’attention des médias. Que retiendra-t-on de ce procès dont les principaux points forts semblent correspondre aux facéties de Fofana? On dit de lui qu’il a «avoué» le meurtre d’Ilan Halimi, mais il ne s’agit, en fait, que d’une demie phrase prononcée du bout des lèvres après un mois de procès. «Oui, c’est moi que l’ai fait, vous savez bien que je l’ai fait». Une phrase qui exprimait davantage son agacement qu’autre chose. Et il a refusé de raconter ce qui s’est exactement passé la nuit du meurtre, un silence qui, ajouté à celui de «Craps», est un deuxième enfer pour les parties civiles.

Les autres prévenus ont, certes, exprimé à plusieurs reprises des regrets et des excuses à l’égard de la famille. Feints, sincères ou demandés par leurs avocats. Cela a-t-il pu soulager la douleur de la famille ? Plutôt que les regrets des deux mineurs, «Yalda» et «Zigo», respectivement l’appât et celui qui est accusé d’avoir le plus violenté l’otage «parce qu’il était juif», la mère d’Ilan Halimi aurait préféré qu’ils lèvent le huis-clos comme la loi les y autorise. Ils ont refusé.

4) Quelques jours avant le procès, Ruth Halimi avait expliqué qu’elle allait assister aux séances pour essayer de retrouver un peu «d’humanité» chez les ravisseurs de son fils. En grande partie grâce au travail de leurs défenseurs, c’est effectivement ce qui est le plus ressorti des rares comptes-rendus des audiences. Des jeunes gens paumés, à l’enfance difficile, malmenés par les flics, abandonnés par la société…

On s’est beaucoup attardé sur leurs conditions de détention, sur de possibles bavures policières, sur leur volonté de rompre avec le discours et l’attitude de leur caïd… Dans la foulée, certains des avocats ont demandé l’acquittement de leur client. En revanche, très peu a filtré sur l’étonnante facilité qu’ils avaient à commettre le mal et l’absence totale de remords, ou ne serait-ce que de questions, au moment des faits.

Alexandre Levy

Le dernier jour d’audience

Source : NouvelObs.com

Les journalistes sont revenus comme au premier jour. A l’angle de la galerie Lamoignon et de la salle des pas perdus, ils attendent. Et maître Szpiner, avocat de la famille Halimi, arrive avec un peu de retard, vers 10h30 ce mercredi. Caméras et micros se déplacent vers lui en un mouvement, forment un cordon autour de l’avocat, l’accompagne jusqu’à l’entrée de la salle d’audience. Francis Szpiner aime ça, son sourire réprimé en témoigne. La cour a déjà commencé à donner la parole aux accusés quand il s’installe en face d’eux. Interrogés par ordre alphabétique, tous ont exprimé tour à tour regrets, excuses, pardons. Youssouf Fofana a tenté de réserver sa parole pour la fin. Ce qui lui a été refusé sur protestations des avocats Didier Seban et Françoise Cotta, entre autres. Alors Fofana a commencé par dire en arabe: « Il n’y a qu’un seul Dieu, c’est Allah ». Et puis, content de lui, il a dégainé sa petite phrase préparée à l’avance : « Il vaut mieux vivre un jour comme un lion que cent jours comme un mouton ». La formule n’est cependant pas de Youssouf Fofana, mais de David Ben Gourion, militant sioniste, ancien premier ministre d’Israël dans les années cinquante.

Parmi les autres accusés, Guiri N’G., geôlier pendant trois heures d’Ilan Halimi, a tenu à cette distinction : « Je n’ai pas les mêmes idées que Youssouf. J’ai réfléchi, je regretterai toujours ma passivité. J’ai gâché ma vie… » Gilles S., le gardien d’immeuble qui a donné les clefs de l’appartement où Ilan Halimi a été séquestré, a quant à lui remercier la cour pour sa patience, et ajouté : « Je ne savais pour Ilan Halimi. Je n’ai pas participé à ces atrocités ». Jérôme R., le geôlier qui s’est retiré au bout de six jours, a assuré avoir « dit la vérité. Mon émotion était sincère. J’aurais toujours une pensée pour Ilan et sa famille ». Samir A.A, celui à qui le gardien d’immeuble a remis les clefs, celui qui a blessé Ilan Halimi au cutter, a demandé « pardon pour le mal que j’ai fait », et remercié son avocat, Maître Arnaud Miel. Alexandra S., appât dans des tentatives d’enlèvements précédant le rapt d’Ilan Halimi, s’est excusé auprès de la famille de Mickaël D. : « On me fait passer pour une menteuse mais j’ai dit la vérité. J’ai pris mes responsabilités, les autres font ce qu’ils veulent ». Audrey L., appât qui n’a jamais accepté sa mission, celle qui s’est rendu au commissariat quand son portrait-robot à été diffusé en février 2006, a dit : « J’ai pu paraître froide, je ne le suis pas à l’intérieur. Je n’ai pas de regrets parce que j’ai dit non à Youssouf Fofana, mais j’ai des remords parce que je n’ai pas parlé ». Jean-Christophe S., complice, avec deux inconnus dont il a refusé de donner les noms, de l’enlèvement d’Ilan Halimi, a confié : « Je regrette le mal que j’ai commis. C’st impardonnable. J’accepte d’être condamné pour ce que j’ai fait, pas pour ce que je n’ai pas fait ». Sabrina F., complice de tentative d’enlèvement, a déclaré : « Tout a été dit. Je suis désolée pour ce que j’ai fait, mais aussi pour ce que je n’ai pas fait ». Nabil M., geôlier d’Ilan Halimi, n’a eu qu’un mot : « Pardon ». Tifenn G, la « rabatteuse », a juste dit : « Je regrette, je m’en veux ». Isabelle M., qui comparaissait libre pour n’avoir pas dénoncé le crime, a évoqué « trois ans de réflexion et de difficultés. Ma place, je la comprends, je la mérite. Les accusés, les avocats, tous, on s’est battu comme des lions. J’aurais pu faire quelque chose, mais je ne l’ai pas fait ».

Après ça, la présidente Nadia Ajjan a levé la publicité restreinte, clos les débats. Le jury s’est alors retiré pour délibérer jusqu’à 18 heures dans la chambre du conseil. Ensuite, tous partiront s’installer dans un hôtel de la capitale, où ils resteront au moins jusqu’à vendredi soir, enfermés, protégés de tout commentaire, de toute pression. La présidente a indiqué que les choses pouvaient durer : « on mettra le temps qu’il faut ». 

Les accusés n’avaient aujourd’hui pas le même visage qu’au premier jour du procès. Ils étaient comme soulagés. La bande de « barbares » ressemblait surtout à une bande de gamins, les unes parlant à travers la vitre du box avec leurs mamans, les autres remerciant chaleureusement leurs avocats. Tous tardaient à partir, traînant dans le box comme on peine à prendre congés de quelqu’un avec qui l’on vient de tisser un lien de confiance inédit. Gilles S. qui était apparu abattu, bourré de médicaments au premier jour, termine ce procès la tête droite, le regard vif, concerné et mobilisé par ce qui vient de se jouer. Ils remercient presque tous leurs avocats. Youssouf Fofana, sourire aux lèvres, est sorti le dernier du box. Il faisait dos à la salle lorsque les gendarmes lui ont enfilé ses menottes. Il s’est retourné, il a lancé : « la roue tournera ».
Les accusés qui comparaissaient libres ont quitté le tribunal sous escorte, entourés de gendarmes. La presse était tenue à l’écart derrière des barrières. Quand les avocats sont sortis, tous se sont dirigés mécaniquement vers la sortie. Sauf un : Francis Szpiner, seul derrière sa barrière, face aux caméras.

Elsa Vigoureux